Actu Europe du 01-11-2013

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La situation en Europe évolue-t-elle ?

Pas vraiment, il y a toujours deux blocs de pays en Europe :

  • Le premier bloc est constitué de pays dans lesquels l'industrie des gaz, huiles et pétrole de schiste est autorisée, voire même fortement encouragée. C'est le cas du Royaume Uni ou de la Pologne.

  • Le second regroupe des pays qui bloquent, du moins pour le moment, l'exploitation de ces produits. C'est le cas, par exemple, de la France.

Dans la plupart des pays, des luttes, d'intensité plus ou moins importante ont été engagées par la population pour s'opposer à cette industrie et surtout à la technique utilisée, la fracturation hydraulique.

Faisons une brève analyse. Quels sont les points communs à ces différents mouvements européens ?

Premier point, ce que l'on peut appeler le syndrome du puits de forage dans son jardin. Prenons l'exemple de Balcombe au sud de Londres. Le village est niché au cœur de la campagne anglaise dans une région plutôt calme et à priori, pas connue pour être un repaire de terroristes.

Balcombe, pourtant ancré du côté du Parti Conservateur de David Cameron s'est trouvé une âme de rebelle. Être d'accord avec les grandes lignes du programme du Parti Conservateur est une chose, mais lorsque cela a pour conséquences de mettre un puits de forage dans votre jardin, ce n'est plus du tout pareil.

Sans les foreurs, pas sûr que Balcombe se serait fortement mobilisé contre les forages et la fracturation hydraulique.

Exactement, depuis, aidés par différentes associations, les habitants se sont organisés et diffusent les informations contre l'exploitation des gaz de schiste. La résistance s'est organisée. Et il en faudra de la résistance, car comme le rappelle Catherine, militante et habitante de Balcombe et également présente à Montélimar le 19 octobre dernier, le gouvernement britannique est très favorable à l'exploitation des gaz de schiste.

[ Son Catherine ]

Vous avez aussi un autre exemple avec la Pologne.

Oui. Avec les habitants de Zurawlow qui sont en pointe dans cette lutte. Mais en Pologne, c'est beaucoup plus compliqué pour les opposants. Un récent sondage indique en effet que plus de 70 % de la population des régions concernées par les forages est favorable à l'exploitation du gaz de schiste. Il faut prendre en compte deux éléments importants pour comprendre cette situation :

  • La Pologne, comme la Lituanie ou l'Ukraine, veut se libérer de l'emprise de la Russie et de Gazprom qui alimente le pays en gaz naturel.

  • Le chantage à l'emploi. Dans les campagnes, le travail est rare et les promesses d'embauche des pétroliers balaient vite les craintes liées à cette industrie. On accepte donc plus facilement d'avoir des puits dans son jardin, voire de sacrifier les richesses naturelles du pays.

Autre point commun, l'élargissement du mouvement.

Oui, avec un aspect médiatique qui entre en jeu très vite. C'est vrai à Balcombe, avec l'arrestation de la fille de Ray Davies (Kinks) et Chrissie Hynde (Pretenders) qui était venue manifester. En Pologne, le réalisateur Lech Kowalski suit toujours le mouvement après avoir tourner le documentaire « La Malédiction du gaz de schiste » il y a un peu plus d'un an.

Et dans tous les cas, on assiste à une forte utilisation d'Internet et des réseaux sociaux.

Reste que la situation peut évoluer différemment suivant les pays.

A Balcombe ou en Pologne, nous sommes pour le moment dans une espèce de statut-quo. Ce qui n'est pas le cas en Roumanie, pays dans lequel la situation évolue vite. Cela fait déjà plusieurs week-ends que des milliers de personnes manifestent.

Au départ, la contestation s'est créée contre l'exploration et l'exploitation des gaz de schistes. Mais, depuis cet été, un autre projet est revenu sur le devant de l'actualité. Le gouvernement roumain a en effet déposé un projet de loi pour faciliter l'expropriation des habitants se trouvant dans la zone d'une future mine à ciel ouvert. Du coup, la protestation s'est amplifiée et le gouvernement pourrait être dans une situation délicate d'ici quelque temps puisque les manifestants demandent à présent la démission du gouvernement de centre gauche.

C'est ce qu'expliquait Marek, représentant de la Pologne à la manifestation de Montélimar et qui a des contacts avec les opposants roumains.

[ Son Marek ]

Les opposants reprochent surtout au premier ministre Victor Ponta d'avoir complètement changé d'avis maintenant qu'il est au pouvoir. Et récemment, lors d'une visite aux Etats-Unis, il n'a pas oublié de rappeler aux grosses compagnies qu'elles pouvaient s'intéresser aux réserves de gaz en Roumanie.

Nous n'avons donc pas fini de parler des gaz de schiste et des luttes qui voient le jour un peu partout en Europe. C'est un sujet qui est loin d'être clos.