Actu Europe du 07-03-2014

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Bonjour Loïc,

Bonjour Brigitte, bonjour à toutes et à tous.

Pour commencer, les gaz de schiste ne sauveront pas l'Europe.

L'IDDRI, l’Institut du développement durable et des relations internationales a remis au Parlement européen une étude qui montre que l’impact des hydrocarbures non conventionnels sur la reprise économique aux Etats-Unis est marginal, et qu’il le restera sur le long terme.

Pour rappel, l'IDDRI a été créé en 2001. En 2003, cet institut se constitue en association afin de poursuivre ses missions et d’ouvrir l’institution aux acteurs non publics. L'IDDRI se considère comme un acteur indépendant et ses missions reflètent une volonté d’informer et de promouvoir la réflexion sur le développement durable.

Pour cela, il s'appuie sur des analyses scientifiques avérées pour éclairer les décisions des acteurs politiques et identifier les sujets de demain. Il veut ouvrir un espace de dialogue et de rencontre des acteurs sur les questions du développement durable.

Quels sont les principaux points soulevés dans cette étude ?

Ce document de 60 pages montre que le boom du gaz de schiste a peu pesé sur les prix de l’énergie, la compétitivité ou l’emploi américain. Ce qui vient contredire les analyses ou les avis que l'on entend généralement en Europe.

D'un côté, les productions de gaz et de pétrole aux Etats-Unis ont augmenté de 33 % et de 52 % entre 2005 et 2013.

Mais la forte baisse des prix du gaz dans le pays a eu peu d’influence sur le coût de l’énergie : les prix de l’électricité résidentielle ont même augmenté en continu entre 2005 et 2012 (+ 25 %).

Par contre, c'est vrai que la baisse du prix du gaz a fortement amélioré la compétitivité de certaines industries très consommatrices de gaz : la pétrochimie, certaines industries chimiques, l’aluminium, l’acier...

Mais il faut relativiser car ces secteurs ne représentent que 1,2 % du PIB américain.

Un des arguments avancés par les pro-gaz de schiste est l'emploi. D'après eux, cette industrie en générerait de nombreux.

Visiblement, l'impact serait très faible. L'IDDRI a fait une extrapolation à partir des projections de production de l’agence américaine de l’énergie. Au final, l’impact global sur le PIB américain serait limité à 0,84 point de croissance entre 2012 et 2035. Soit, moins de 0,04 % de croissance supplémentaire par an, sur vingt-trois ans.

Le nombre d’emplois directs du secteur a augmenté de 200.000 entre 2005 et 2013. Alors bien sur, le chiffre n'est pas négligeable, mais il reste très faible au regard d’une population active de 155 millions de travailleurs.

Conclusion pour l'Europe ?

L'institut pense qu'au final l'Europe ne devrait pas trop compter sur le gaz de schiste pour résoudre son problème d’approvisionnement énergétique ou de compétitivité.

Et pourtant, certains pays, comme la Pologne, se lancent à fond dans cette industrie. Vous trouverez sur le site du Ministère des affaires étrangères un article exposant un bilan de la situation dans ce pays.

Oui, c'est un article long et très complet. Alors, bien sur, la parole n'est pas donnée aux paysans de Zuralow, en lutte contre l'entreprise Chevron. Non, dans le cas présent, il s'agit plutôt d'un état des lieux d'un point de vue technique et économique. Mais cela donne tout de même une bonne idée de la situation dans un pays qui ambitionne de diversifier son mix énergétique et de réduire sa dépendance par rapport au gaz Russe.

A lire, donc sur le site du Ministère des affaires étrangères.

Nous restons dans l'Est de l'Europe, non pas en Ukraine, mais quand même avec la Russie de Poutine et de Gazprom. Il semblerait que l'avis de la Russie évolue sur la question des gaz de schiste.

Est-ce un effet de la crise ukrainienne, toujours est-il que longtemps attentiste vis-à-vis du gaz de schiste, la Russie s’apprête à passer à la vitesse supérieure. Elle veut effectivement se lancer dans l’exploitation de ses réserves, situées principalement en Sibérie occidentale.

A priori, 360 milliards de barils seraient disponibles.

Et en parallèle, l'Europe va devenir de plus en plus dépendante au gaz naturel que lui fournit Gazprom

Du moins, c'est ce que déclare le géant russe de l'énergie et ce, malgré les appels à des sanctions économiques contre Moscou suite à la crise en Ukraine.

« Gazprom a augmenté sa part des marchés européens parce que la production intérieure de l'Europe a chuté dans des pays comme la Grande-Bretagne et la Norvège » a indiqué le vice-président du groupe, Alexandre Medvedev.

En 2013, la part de marché de Gazprom en Europe a progressé à 30% contre 25,6% en 2012.

Et surtout, « l'Europe ne va tout simplement pas voir arriver de sitôt de nouveaux fournisseurs de gaz du même calibre que la Russie, la Norvège ou l'Algérie ».

Alexandre Medvedev reconnaît tout de même que les exportations de gaz russes vers l'Europe pourraient être, au cours des quatre prochaines années, légèrement inférieures à leur niveau de 2013.

Reste tout de même un problème, mais qui ne semble pas insurmontable pour Gazprom.

Il s'agit du transit du gaz. En effet, le point de passage important aujourd'hui est l'Ukraine avec la situation que l'on connaît. C'est pour cela que le projet du nouveau gazoduc South Stream, qui passera par la mer Noire, devrait démarrer en 2015.

Ceci dit, visiblement, les expéditions de gaz vers l'Europe se poursuivent pour l'instant normalement via l'Ukraine. Et pour enfoncer le clou, le directeur de la stratégie de Gazprom, Dmitri Liougaï, a quant à lui déclaré que l'Europe ne devrait pas être en mesure de couvrir plus de 10% de ses besoins en gaz grâce aux gaz de schiste d'ici 2030. « Il n'y aura pas de miracle du schiste en Europe », a-t-il dit.

Pour terminer cette rubrique, quelques informations rapides, à commencer par le Royaume-Uni où la mise en place des chantiers de forage se poursuit en s'accélérant petit à petit.

Oui, et ce n'est pas une surprise, le gouvernement du Royaume-Uni ayant ouvertement déclaré sa flamme, si je puis dire à l'industrie du gaz de schiste.

Je vous conseille d'aller sur le site web « Frack Off », créé par les opposants à cette industrie de l'autre côté de la Manche. C'est tout en anglais, off course, mais c'est tout de même un bon moyen d'obtenir des informations sur l'évolution dans ce pays et de soutenir les opposants.

D'autant plus que le lobbying pro gaz de schiste est très fort.

Très fort même, puisque récemment, dans une lettre ouverte adressée au gouvernement britannique et publiée dans le Financial Times, 25 économistes pressent Londres de soutenir l’exploitation du gaz de schiste. Selon eux, il s’agit d’une opportunité énergétique et économique à ne pas rater.

Et dans le même temps, l'entreprise Cuadrilla, qui explore les sous-sols du nord-ouest de l’Angleterre, déclare que les ressources en gaz de schiste pourraient être beaucoup plus importantes que prévu. Le Royaume-Uni disposerait en effet de 330 trillions de mètres cubes, soit une augmentation de 50 % par rapport aux dernières estimations. Rien que ça !

Et nous en profitons pour signaler une rencontre à Saint-Christol-Lez-Alès pendant le week-end du 8 et 9 mars.

Rencontre qui permettra à plusieurs collectifs européens d'échanger et surtout de construire un réseau européen de résistance à l'exploitation du gaz de schiste. Les ressortissants polonais, britanniques ou roumains, fortement concernés par l’exploration ou l’exploitation seront certainement très écoutés.

Retour en Pologne pour un nouveau documentaire.

Nous avons souvent évoqué la lutte des paysans polonais du village de Zuralow, lutte suivi par le réalisateur Lech Kowalski. Et bien celui-ci vient de sortir un nouveau documentaire, «Holy Field, Holy War», portrait d’une paysannerie polonaise désormais très courtisée par une industrie des gaz de schiste conquérante. Bande annonce à découvrir sur le site de Lech Kowalski.