Actu Europe du 15-11-2013

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Bonjour Loïc. Dans quel pays d'Europe l'actualité des gaz de schiste nous conduit-elle cette semaine ?

Bonjour à tous. Je vous propose de partir vers l'Europe de l'Est et plus précisément vers l'Ukraine. Ce pays, comme plusieurs autres pays de l'ex bloc soviétique, essaie de se dégager de l'emprise de la Russie et de son bras armé pour les questions d'énergie, Gazprom son principal fournisseur pour le gaz naturel.

Une des pistes envisagées par l'Ukraine pour se dégager de cette emprise, ce sont les gaz de schiste.

Effectivement. L’Ukraine a signé récemment un accord avec le groupe américain Chevron pour extraire du gaz de schiste dans l’ouest du pays. L'investissement de Chevron s'élèverait à 350 millions de dollars.

Cela fait suite à un précédent accord signé en janvier dernier avec le géant anglo-néerlandais Shell. Le gisement à explorer se trouvant cette fois dans l’est du pays.

L'Ukraine est à priori la troisième plus grande réserve de gaz de schiste en Europe. Et pour exploiter cette ressource, le pays veut apprendre de l'expérience américaine dans le développement des gaz non conventionnels, a affirmé M. Azarov, le Premier ministre ukrainien.

Ceci dit, malgré l'optimisme du gouvernement ukrainien, les experts semblent plus prudents.

Oui. C'est d'ailleurs vrai, d'une manière générale, pour tous les pays de l'Est. Plusieurs campagnes d’exploration se sont soldées par des échecs. Le meilleur exemple est la Pologne, pays voisin de l'Ukraine. La raison principale étant la nature des sols, moins favorable qu'aux États-Unis.

Et surtout, autre souci, les « guerres du gaz » entre Moscou et Kiev continuent.

On se souvient qu'en 2006 et 2009, Moscou avait coupé le gaz à son voisin, perturbant d'ailleurs au passage les livraisons à l'Union Européenne, puisque l'Ukraine est le principal pays de transit.

Début novembre, Gazprom a accusé l’Ukraine d’un retard de paiement de près d’un milliard de dollars. Le patron de Gazprom a expliqué avoir consenti un délai à l’Ukraine pour payer une facture de 882 millions de dollars pour du gaz livré en août mais il a souligné que ce délai avait expiré le 1er octobre. Pour lui, «La situation est très sérieuse, car le contrat prévoit qu’en cas de violation des conditions des paiements, on passe à un système de paiement à l’avance». Ce qui mettrait l'Ukraine dans une position délicate sachant que le pays est en récession depuis un an et en pleine crise de ses finances publiques. Le pays pourrait se trouver privé de gaz si il n’était pas capable d’avancer l’argent.

C'est pourquoi l'Ukraine a été obligée de commencer le remboursement de sa dette.

Oui. Ce qui a été confirmé par Gazprom, mais en précisant par la voix de son porte-parole qu'il s'agissait là de petites tranches de paiement et que la dette était loin d'être réglée.

Un bon moyen pour Moscou de mettre la pression sur l'Ukraine puisque dans le même temps le gouvernement ukrainien n'oublie pas de regarder aussi du côté de l'Union Européenne.

Et l'on sait que Moscou voit d'un très mauvais œil cette volonté de l'Ukraine de se rapprocher de l'UE. Surtout avec en ligne de mire un accord qui pourrait être signé vers la fin du mois de novembre, lors du sommet européen de Vilnius.

Par contre, pour Bruxelles, ce n'est pas aussi simple. L'Europe conditionne en effet ce rapprochement à la libération par Kiev de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Dans ce jeu de poker, qui abattra ses cartes en premier ?

Difficile à dire. D'un côté, nous avons l'Ukraine qui finalement demande une réduction du prix imposé par Moscou et qui n'a pas l'air vraiment pressé de libérer Mme Timochenko. Et de l'autre, la Russie qui souhaite que l’ex-république soviétique intègre son Union douanière et octroie à Gazprom une part dans son réseau de transport du gaz.

Pour enfoncer le clou, Moscou combat ou fait mine de combattre tous les aspects dangereux des gaz de schiste.

Si le sujet n'était pas aussi sérieux, nous pourrions trouver cela comique.

En effet, par l'intermédiaire de « La voix de la Russie », Moscou ne trouve que des désagréments au gaz de schiste.

Par exemple, l'argument écologique, je cite :

« Le problème est que les technologies de production des hydrocarbures de schiste sont trop dangereuses. Le processus de fracking consiste en un pompage dans un puits foré d’un liquide toxique qui détruit le schiste et dégage du gaz. Une partie de ce liquide reste sous terre, menaçant de pollution les eaux souterraines. Une autre partie est pompée à la surface, en contaminant le sol. »

Et les exemples, avancés par des personnalités de l'Institut Russe des Sciences, s'enchaînent les uns derrière les autres.

On croirait entendre les militants anti-gaz de schiste.

« La voix de la Russie » va même chercher Geert De Cock, chargé de mission pour les questions du programme Europe Watch pour la nourriture et l'eau. Celui-ci, parlant des risques de protestation en Ukraine, livre une conclusion sans appel.

« Cela dépend des avantages que les habitants pourraient obtenir. Du point de vue des emplois, ces avantages ne sont pas très nombreux. Au contraire, les problèmes sociaux risquent de s’aggraver, ajoutant aussi des problèmes de trafic près du site où sont menés les travaux. Dans l'ensemble, je trouve ces avantages très contestables. Il sera difficile de convaincre la population des avantages de la réalisation de ces projets. »

Bref, le gaz de schiste, c'est l'enfer. Ne vous engagez surtout pas sur cette voie. C'est un conseil de la Russie et de Gazprom.

Justement, est-ce qu'une contestation existe ?

Les projets commencent à se heurter à l’hostilité d’une partie de la population, surtout inquiète des conséquences environnementales. En octobre une manifestation a regroupé plusieurs centaines de personnes dans la principale ville de l’Ouest de l’Ukraine pour protester contre le projet de Chevron. Peut être la lutte des paysans polonais, de l'autre côté de la frontière, qui se répand. Mais pour le moment, Il faut bien avouer que la contestation reste faible.

Merci Loïc pour ce tour d'horizon.

Et je vous rappele que vous pouvez écouter chaque semaine de nouvelles émissions avec les chroniqueurs de Radio Touche Pas à Mon Schiste.
 

Situer l'Ukraine.

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