Analyse du 27/09/2013

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Source: article de Régis GENTE, Monde Diplomatique Août 2013

 

Bonjour Christophe.

Bonjour Huguette, et bonjour à tous.

 

Pour le premier enregistrement de cette nouvelle rubrique d’analyse de « Radio Touche pas à mon schiste ! », vous avez choisi de nous parler géopolitique en lien avec les gaz et huiles de schiste…

Tout à fait !

Les choix politiques en matière d’énergie, sont primordiaux pour les états et dans les relations internationales. En effet, chacun sait que l’approvisionnement en ressources énergétique est l’un des soucis majeurs des états industrialisés. Cet approvisionnement participe à la santé financière des entreprises et des industries, au développement des activités dans les domaines de production de biens et d’objets de consommation, mais aussi au développement de l’agriculture, de la culture, des loisirs, etc… Il conditionne par là-même ce que l’on appelle la richesse d’un état.

 

Donc, si un état dispose d’énergie, les habitants vivront riches et heureux ?

C’est un peu rapide ! Il ne faut pas confondre richesse d’un état et niveau de vie de sa population. Par exemple, un état peu soucieux de sa population, qui exploite des ressources minières importantes, peut engranger des fortunes colossales pour le profit de quelques propriétaires ou actionnaires. Ces profits –privés- entrent dans le calcul du Produit Intérieur Brut. On dit que le pays est « riche », mais en fait, la quasi-totalité de la population reste pauvre. La question posée, éminemment politique, est donc celle de la répartition des richesses.

D’autre part, la notion de bonheur est toute relative. Ce n’est pas parce que vous avez des biens que vous êtes forcément heureux. Je ne prône pas la simplicité volontaire, mais sauf à être complètement aveuglé par les paillettes de notre société moderne, chacun peut se rendre compte que depuis des années, toute amélioration de notre niveau de vie individuel fait l’objet d’une contrepartie exorbitante !

D’ailleurs, n’avez-vous pas vous-même été heureuse tout en ayant  moins de biens qu’aujourd’hui?

Effectivement ! Moi, je suis née en pleine crise de 1929 ! Après-guerre, il y a eu la période de la reconstruction. On vivait avec peu, mais l’espoir était là. Et puis il y a eu tous les progrès sociaux, les avancées du Conseil National de la Résistance…

Oui, dont la nationalisation de l’énergie ! Poursuivons.

 

Années 70 et suivantes : néolibéralisme, les grosses industries et l’énergie cotés en bourse, le PIB qui explose, des automobiles, des avions, des trains, des routes, des télés, des ordinateurs partout ! Mais aussi : les chocs pétroliers, le chômage de masse, les reculs sociaux, et j’en passe ! Voilà donc toute la logique du système capitaliste ! Et tout ça, sur fond de guerres pour la maîtrise des énergies fossiles et nucléaire.

Nous y voilà donc! Les contradictions, apparentes, du système capitaliste propulsent les états dans une course effrénée au sacro-saint progrès et donc à la quête d’énergies. Tant pis pour les dommages collatéraux, les bulles spéculatives, les crises financières et autres. De toute façon, on renfloue les banques avec l’argent public, les pauvres s’appauvrissent, les plus riches s’engraissent. Le but premier est la libre circulation des biens et des capitaux pour permettre l’enrichissement des industriels et des financiers. Si les plus petits y laissent leur peau, tant pis ! C’est la loi du capitalisme !

 

Ca me rappelle les fables de La Fontaine ! Mais le gaz de schiste et les Etats-Unis dans tout ça ?

J’y arrive !

Le gaz de schiste, c’est l’un des moyens de faire perdurer ce système. Nous avons déjà dénoncé à plusieurs reprises la spéculation sur les permis en France, l’influence des lobbies jusque dans les plus hautes instances de l’état, les manœuvres pour contourner la loi du 13 Juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique, jusqu’au syndicat des foreurs qui demande que l’état participe financièrement à la recherche ! Tout cela, évidemment pour des profits privés !

Nous avons aussi dénoncé les pollutions catastrophiques engendrées dans le monde et aux Etats-Unis en particulier par la fracturation hydraulique. Les Etats-Unis sont forts de l’expérience de 10 années de recherche et d’exploitation dans ce domaine. Vu les dommages environnementaux monstrueux, et connaissant la problématique du réchauffement climatique, on pourrait s’attendre à ce qu’ils orientent leur production énergétique vers les énergies renouvelables. Ils en ont la capacité, d’ailleurs!

 

Alors, pourquoi ne le font-il pas ?

En deux mots, je répondrais « rentabilité immédiate » !

Mais aussi stratégie des relations internationales. Selon le journaliste Régis GENTE, dans un article très documenté qu’il a rédigé pour le Monde Diplomatique, en produisant du gaz de schiste en grande quantité et à bas prix, les Etats-Unis parviennent à s’affranchir des importations russes et même à devenir le premier producteur mondial de gaz. Les centrales à gaz tournent à plein, du coup la production de charbon est excédentaire.

 

Mais alors que font-ils de leur charbon ?

Ils l’exportent vers l’Europe ! Conséquence, en France, GDF Suez a considérablement baissé la production de ses centrales à gaz à cause de la concurrence des centrales à charbon !

 

Mais pour nous, c’est un véritable retour en arrière !

D’une certaine façon, oui ! Mais du point de vue des conséquences environnementales, c’est du pareil au même !

Cependant, le Qatar aussi exportait du Gaz Naturel Liquéfié vers les Etats-Unis. Ses exportations seront vraisemblablement réorientées vers l’Asie et l’Europe. Ce qui devrait aussi diminuer notre dépendance au gaz russe. Autre conséquence, d’après Régis GENTE, « Moscou lorgne sur les marchés asiatiques –Chine, Corée du Sud, Japon- », alors que déjà « les flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe se dirigent de plus en plus vers l’Asie ». Ce qui pourrait bien inciter la Chine à surveiller de plus près le Proche-Orient, tandis que la Russie perd de son influence en Europe et aux Etats-Unis!

On voit bien qu’un changement de politique énergétique dans une région du globe provoque, par « effet domino », de façon incontournable un bouleversement dans les relations internationales, à l’échelle mondiale.

 

C’est complexe !

Oui. Alors on comprend que si l’on ne secoue pas le cocotier de cette société capitaliste vieillissante, on n’échappera pas à une catastrophe environnementale majeure ! En secouant bien fort ici, ça peut aussi faire bouger ailleurs. Il est urgentissime d’exiger, ici et ailleurs, l’abandon des exploitations d’énergies carbonées, et de se tourner vers les énergies renouvelables. Le réchauffement climatique s’amplifie. La transition énergétique n’est pas une idée vaine, il faut la réaliser, partout, et vite !